extraits d'une interview d'Agota Kristof, auteure de "la trilogie des jumeaux", trois livres qui m'ont complètement absorbé (Le Grand Cahier, La Preuve, Le Troisième Mensonge).
Il y a une continuité évidente entre la trilogie des jumeaux et Hier. Les mêmes thèmes reviennent inlassablement: la séparation, la duplicité, l'écriture comme exutoire, l'attrait du désir incestueux. On peut dire aussi que le décor se rétrécit. De l'Europe déchirée, à la Petite ville, puis la famille dans vos trois premiers romans, on passe avec Hier à l'individu. Quel est le sens de cette démarche?
Il n'y a pas de volonté quelle qu'elle soit. Les choses viennent comme ça. Les idées s'imposent d'elles-mêmes.
S'il n'y a pas de volonté, il y a bien un plan d'écriture, une architecture qui sous-tend l'ensemble?
Non. Ma méthode d'écriture est très simple. J'écris n'importe quoi le soir à la main sans me soucier de l'orthographe, sans me soucier de l'issue. Je pense à des histoires, des dialogues que je jette sur mon cahier. Et ensuite quand il y a trop de désordre, je me mets devant ma machine à écrire et j'ordonne. Je fais une sorte de collage, de montage, car il y a des scènes qui se répètent souvent quatre ou cinq fois.
[...]
Dans Hier, vous écrivez : "C'est en devenant rien du tout qu'on peut devenir écrivain." Que voulez-vous dire?
J'ai vraiment tout laissé tomber pour me consacrer à l'écriture. Il n'y a que ça qui m'intéressait. Quand je me suis mariée en Hongrie, j'aurais dû aller en faculté. Quand je suis arrivée en Suisse, j'aurais dû exiger de mon mari que je fasse des études, et non lui. Quand je rentre à pied du centre-ville, je rencontre souvent un écrivain suisse dont les livres ne se vendent pas. Il a une quarantaine d'années. Le matin, il travaille aux espaces verts pour le compte de la ville. L'après-midi, il écrit. Il est très pauvre, très mal habillé, il est très laid, mais il sifflotte et est très heureux. Il est tout à fait d'accord avec cette phrase.
vendredi 4 septembre 2009
Agota Kristof
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1 commentaires:
Un type qui cite sur deux posts Agota Kristof et Bruno Schulz ça m'intéresse!
Les photos du lac noir sont très belles. Bravo !
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